INTERVIEW BY 1001 CHRONIQUES EN FOLIE

Je remercie chaleureusement Caroline et Benjamin Karo d’avoir pris le temps et la patience de répondre à mes questions.

Je vous laisse découvrir leur livre en leur compagnie et leurs bonne humeurs !

Caroline et Benjamin, auteurs de « 96, tome 1 : La sixième corde », pouvez-vous vous présenter et nous en dire plus sur votre parcours d’écrivain.

 Caroline : Je suis toute nouvelle dans l’écriture, même si c’est une chose que j’ai toujours eu envie de faire, sans oser franchir le cap. Maintenant que je suis à ma place, je peux témoigner de mon plaisir de présenter « 96 ».    

 Benjamin : Je suis, sous un autre pseudonyme, écrivain de science fiction, mais également compositeur de bandes originales de films. Ce diptyque de roman « 96 » est ma première incursion dans l’univers des romances, et ce que je sais c’est que cela ne sera pas la dernière.   

 Écrire, seul n’est pas forcément évident, alors à deux est ce plus facile ?

Benjamin : En fait je ne trouve pas qu’écrire soit difficile. Pas plus que de parler ou de penser. Ecrire est évident pour n’importe qui, à la condition d’être prêt à travailler beaucoup et à être d’une intransigeance totale vis à vis de soi même. Ecrire à deux ne m’était jamais venu à l’esprit avant que Caroline ne me le propose, et je crois que j’aurais décliné cette offre de la part de n’importe qui d’autre. Penser en équipe, trancher en équipe cela induit d’avoir une confiance absolue dans le goût de l’autre. Pour cela il faut donc être en confiance et avec qui d’autre être plus en confiance que celle avec qui vous avez tout partagé depuis la naissance.

 Caroline : Pour moi à l’inverse, étant donné qu’il s’agit de mon premier roman, oui écrire à deux a été plus simple que d’aborder la question seule. J’ai pu m’appuyer sur les fondamentaux de mon frère sans avoir à me soucier des embûches liées à tout un tas d’aspects de l’écriture.      

 D’où vous est venue cette idée d’écrire ensemble ?

Caroline : C’est moi qui l’ai proposée à Benjamin, alors qu’il m’expliquait son envie encore indécise d’écrire un roman qui était à l’époque l’embryon de la sixième corde.

 Benjamin : Comme c’était un style nouveau pour moi qui n’écrivais jusque là que de la science fiction, j’ai accepté parce que j’ai imaginé que Caroline pourrait m’aider à être dans une vérité féminine absolue dont j’avais besoin. Il est très simple de croire que l’on peut penser comme quelqu’un du sexe opposé, moi même j’ai commis cette erreur de jugement. Quand une femme qui découvre La sixième corde croit savoir mieux que moi ce que ressent un homme je vois à quel point elle est dans l’erreur et là je me souviens de mes propres bévues.. Mais plutôt que de chercher à tout prix à vouloir me penser assez malin pour appréhender tout ce qui fait une femme, j’ai préféré choisir la meilleure pour m’épauler.     

 Comment vous vous organisez ?

 Caroline : Benjamin s’occupe des cafés, de l’apéro, du repas de midi et moi de tout le reste. Au début j’essayais de le faire écrire aussi un peu, mais ce n’était pas concluant. 

Benjamin : Voilà, elle m’a gardé uniquement parce que j’ai eu l’idée de base et qu’elle se sentait coupable de me virer complètement du projet. 

Caroline : Mais ce que l’on raconte en général à la presse c’est que l’on fait tout ensemble. Que chaque idée que l’on retrouve dans nos romans a été pensée à deux, corrigée à deux. Que dans « 96 «  chaque phrase a été écrite à deux pour fondre nos plumes dans celle unique du narrateur et personnage principal : Arnaud.

Benjamin : Et que nous avons écris chaque roman d’une traite, en 3 mois. Et qu’ensuite on l’a relu et corrigé au moins quinze fois pour qu’il soit, au mot près, ce que l’on rêvait qu’il soit au départ. Avec nos lubies respectives, moi du tempo par exemple et Caroline des ruptures, on l’a poli comme une boule de bowling jusqu’à se dire, aller on l’envoi pour le strike.

Caroline : Va aussi pour un spair, vu que l’on a deux tomes.

 Parlons du livre.

Est-ce une histoire vécue par vous ou un de vos proches, ou est-elle sortie directement de votre imagination ?

Caroline : Comme mon frère est parfois un peu cachotier concernant sa vie amoureuse, j’ai cru dans un premier temps qu’il s’agissait d’une pure fiction. Mais quand nous avons commencé à l’écrire, le niveau de détail de certaines scènes et de certains enchainements m’a fait me questionner et j’ai cuisiné le frère.

 Benjamin : Et autant dire que la cuisine de Caroline c’est plutôt à la friteuse qu’au bain Marie ! 96 % de l’histoire est réelle au sens où les événements ont eu lieu. J’ai dû en revanche parfois amoindrir la réalité pour qu’elle paraisse, dans le roman : plus « Vraisemblable ». L’important pour moi, et cela sera valable aussi dans nos futurs romans, c’est de témoigner de quelque chose de véritable. Je ne me crois pas plus compétent que qui que ce soit pour inventer de l’abracadabrantesque, et pire, je n’aime pas ça. LA réalité est tellement plus drôle, plus forte, plus savoureuse que l’invention, qu’il nous suffit d’ouvrir nos yeux, nos oreilles et nos cœurs, pour entendre, voir et comprendre.

Caroline : Comme on aime le dire, nos romans sont des romans à rire et à grandir. Chaque lecteur se voit proposer cette expérience, libre à lui de la tenter ou non. Mais ce qui est sûr c’est que si vous ouvrez ce livre en vous disant que l’humour et la réalité n’ont pas leur place dans un roman, vous n’allez pas vivre grand chose pendant le notre. 

Arnaud est un ancien membre d’un groupe de musiciens. Son instrument de prédilection est la guitare, qu’il affectionne énormément. Il a un passé amoureux assez tonitruant et rocambolesque. A l’aube de s’imposer un futur qu’il ne s’est jamais autorisé (le mariage), il décide d’effectuer un road trip avec ses meilleurs amis. Pourquoi les avoir embarqués ? Que recherche t-il en leurs compagnies ? 

Benjamin : Arnaud aime surement plus la guitare que cette dernière ne l’aime en retour. Il a une certaine modestie quant à ses qualités d’instrumentiste là où il exprime de la suffisance parfois et notamment vis à vis de ses amis. Arnaud est complexe et le choix d’embarquer ses 3 meilleurs amis relève de cette complexité. On pourrait dire qu’il fait preuve d’humilité quand il concède avoir besoin d’eux dans cette aventure. D’une parce qu’il pressent que cela ne va pas être émotionnellement simple, mais aussi parce qu’il sait que tout malin qu’il se croit, l’extraction de son propre mode de pensée ne lui est pas possible s’il est seul.

 Caroline : Il veut donc de l’aide de ses amis, mais se plaint souvent du fait que ceux ci ne comprennent rien aux femmes ou même : à eux même ! C’est toute la dualité qui nous habite en permanence. Combien de fois on va demander un conseil pour au final ne pas l’écouter. Et bien Arnaud est comme vous et moi, il aime les conseils qui lui donnent raison ! Ensuite il y a un second aspect très pragmattico-masculin à cette « convocation » d’Arnaud : cette bande adore se retrouver, l’été arrive, chacun d’entre eux travaille à sa petite vie, et comme ce sont des hommes, il faut toujours un prétexte à se retrouver plutôt qu’une demande formelle qui serait perçue par les autres comme une marque de dépendance et donc de faiblesse.

 Cette amitié est vitale malgré certains passages houleux. A vos yeux, l’amitié est une chose essentielle ?

Caroline : Evidemment oui. Peut être un peu en retrait de l’amour et de la famille mais une valeur capitale. 

Benjamin : Dans La sixième corde, on montre bien que l’Amitié masculine est pleine de non dit. Que la surface des choses est très différente de ce qu’il se passe dans les têtes. On nous remonte souvent le delta important de style de registre entre la narration et les dialogues, mais ce qu’oublient parfois les bloggeuses, c’est que le narrateur n’est autre qu’Arnaud, plongé dans l’action de cette folle semaine. Arnaud est donc un homme assez élégant dans son état d’être et qui se plie pourtant volontiers au fait de descendre son niveau de langage à celui de Vincent, tout simplement parce que c’est drôle, que ça défoule et que c’est un masque social bien pratique pour maintenir les autres à distance.

Vous avez choisi les cordes de la guitare afin de symboliser les cinq anciennes relations d’Arnaud et la sixième détruite représente son avenir. Pourquoi ? Que représentent t’elles pour vous ?

Caroline : La symbolique des cinq cordes est multiple. Premièrement il y a ces cinq femmes qui ont compté dans la vie d’Arnaud, à laquelle se rajoutera une sixième dans le tome 2. Mais c’était pour nous aussi l’occasion de balayer le champ comportemental masculin au travers d’une clé de lecture particulière que Lise Bourbeau nomme les 5 blessures de l’âme :

– rejet 

– injustice 

– abandon 

– trahison 

– humiliation  

Benjamin : Et comme il y a 7 femmes au total dans ce tome 1, on peut aussi le décrypter sur la grille des sept pêchés capitaux. Le symbolisme c’est plutôt une de mes lubies à moi, mais c’est bien utile quand il s’agit de ne jamais se répéter et d’étaler un panel émotionnel juste et complet.

Est ce que ces symboles puissants étaient le point de départ de votre livre, ou sont ‘ils venus s’infiltrer dans l’histoire bien plus tard ? 

Caroline : Lorsque nous réfléchissions aux nombre d’exs qu’Arnaud allait retrouver, s’est posée la question de la symbolique. Benjamin tenait à ne pas forcément retomber sur les nombres les plus évident comme le 7 (classique), ou le 4 qui nous étaient interdit parce que la bande est déjà 4. Nous avons alors mis en concordance les profils d’exs avec ce qui nous paraissait intelligent de balayer d’un point de vue de la psychologie et du coup nous avons trouvé l’équilibre avec ce chiffre de 5.

Benjamin : Ce qui était le plus capital, alors même que l’on pourrait croire que toutes les ruptures ou presque se ressemblent, c’était de montrer à quel point, un homme sensible et équilibré peut-être malgré lui, ou plutôt : sans qu’il en est conscience, le passager d’un tapis affectif aussi morcelé et gribouillé. Nous avons à priori tous nos failles affectives et les histoires d’amour sont là pour nous éprouver jusqu’à ce que l’on comprenne nos boucles inconscientes et que l’on puisse en sortir.  Rares sont ceux qui pêchent dans les 5 blessures de l’âme à la fois, et c’est pour cela que nous avons réparti ces blessures entre Arnaud et ses exs. Si l’on est fin observateur, on trouvera qui souffre de quoi. Le 5 a également été le chiffre qui m’a permis de trouver l’astuce du titre du tome 1. Je tenais absolument à ce que le titre ne soit pas racoleur ou pseudo vendeur, mais bien une petite bulle de conscience qui aurait sa saveur et son double sens.

Si Arnaud, finalement avait refusé à la dernière minute, quelle tournure aurait pu prendre votre histoire ? 

Benjamin : Arnaud ne pouvait pas refuser, pour une raison très simple : ce n’est pas un lâche. Tout son parcours pendant ce premier tome en est la preuve. Quoi qu’il fasse, il le fait en conscience, et se prend les propres murs de sa conscience en plein visage. La seule fois qu’il se montre lâche dans l’histoire, il le paye encore plus cher que la vérité. Arnaud fait le choix d’accepter la proposition d’Emma parce que ce chemin est une co-production entre ces deux amants là. Arnaud n’aurait pas eu cette longue nuit de question avec sa chérie, s’il avait tu le message de Marine (son premier amour) reçu sur son mobile la veille. L’honnêteté c’est comme le courage, soit on l’oublie, soit on y va à fond. 

Caroline : Nous avons décidé de faire d’Arnaud un garçon qui ne fuit pas ses responsabilités. Il accepte sa part d’ombre pour espérer y trouver aussi la lumière qu’il pense devoir à Emma. Son intrusion dans la vie de ses exs n’est pas toujours sans heurt et sans invasion, mais il est assez honnête pour le reconnaître. Tout lecteur suffisant se dira, bien à l’abris dans son canapé, qu’il aurait fait mieux, qu’il a réglé beaucoup plus de choses qu’Arnaud ne l’a fait au début. Mais dites vous qu’avant toute cette histoire, c’est aussi ce qu’Arnaud se disait. Simplement Arnaud dépasse ses petites suffisances, pour accepter de se remettre en question. Dans la question que vous posez on peut imaginer qu’Arnaud continue par exemple de faire « patienter » Charlotte, qu’il se pose encore la question de ce coup de fil de son premier amour, qu’il garde dans un coin de son cœur Amandine ou qu’il aie envie, un soir d’alcool de retrouver Eléonore. Bref que tous ces « dossiers » ouverts lui explosent un jour au visage.

Que pouvez-vous nous dire sur le prochain tome  ?

Caroline : Que le lecteur va beaucoup voyager de part le monde. Et que nous avons pris encore plus de plaisir à l’écrire que le tome 1. 

Benjamin : Que toutes les quêtes seront résolues pour tous les personnages, mais que, comme dans la vie, la vérité d’un instant ne peut se figer que sur une photo, parce qu’un film lui continue de dérouler des vérités opposées.

Champ libre : que diriez vous à vos lectrices et lecteurs de maintenant ou à venir ?

 Caroline : De venir nous voir au travers de nos romans en confiance, car nos deux postulats de base sont le respect des personnages et le respect des lecteurs. 

Benjamin : Qu’acheter un de nos romans c’est prendre un ticket pour la vérité de ce qu’il y a de plus beau chez l’Homme, que ce soit dans sa part d’ombre comme dans sa part de lumière. 

Alors, allez vous succomber ?