ITW n°1

INTERVIEW BY FOFIE LIT

Comment vous est venue l’idée d’écrire un roman à quatre mains ?

Caroline : Benjamin m’a parlée d’une idée de roman qui lui trottait dans la tête depuis un moment alors que nous revenions ensemble d’un voyage entre frères et sœurs à Londres. J’ai trouvé ça génial et j’ai eu envie de le co-écrire avec lui, ce qui a été acté directement dans la foulée.

Benjamin : Etant à la base un auteur de science fiction, j’avais effectivement le squelette d’une histoire que j’avais très envie de raconter mais qui était dans un style très éloigné de ce que j’avais l’habitude de faire. J’étais donc tiraillé, un peu tout seul dans ma tête, et puis j’ai décidé d’en parler et là, la solution m’a été proposée directement quand Caroline a montré son grand enthousiasme autour de l’idée de base. Nous n’avions jamais travaillé ensemble jusque là et ça a été le point de départ de l’aventure.    

Quel a été le rôle de chacun ?

Caroline : Même si évidemment, nous avons des aptitudes différentes qui nous ont conduis à s’approprier, chacun, quelques aspects de l’écriture, on peut dire que l’on a tout écrit ensemble du premier mot du tome 1 au dernier du tome 2.

Benjamin : Si certaines phrases étaient de l’un ou de l’autre, nous avons de toute façon fondu le « style » d’écriture dans quelque chose qui ne nous appartient ni à l’un ni à l’autre qui est le style propre du narrateur et personnage principal : Arnaud Kalfa. C’est le propre du roman, comme il est écrit à la première personne, rien n’existe d’autre que son regard, son odorat, ses pensées etc …

Caroline : C’est vrai que parler de style dans notre roman n’a pas vraiment de sens car il y a deux aspects bien distincts :

1 / le mode de pensée et d’expression des introspections d’Arnaud seul et unique narrateur 

2 / la retranscription des dialogues entre tous les personnages.

Mais dans le fond, ce livre ne relève ni du style de Benjamin ni du mien, mais  uniquement de celui d’Arnaud, et des  personnages « secondaires ». C’est une composition totale, comme un rôle d’acteur en fait. 

Quels sont vos routines de travail ?

Benjamin : On a travaillé tous les jours pendant 6 mois à l’écriture des 2 tomes de « 96 ».

Caroline : Enfin, la moitié du temps à l’écriture et l’autre moitié aux dizaines de relectures.

Benjamin : C’est vrai qu’à bien y réfléchir ce sont les relectures qui ont pris le plus de temps. L’humour notamment est quelque chose qui nous tient très à cœur à Caroline et à moi. Nous avons les mêmes références depuis toujours, depuis que l’on est frère et soeur en fait et que l’on regardait ensemble le cosby show dans les années 80. Cela nous oblige à une exigence totale parce que l’on est extrêmement critique sur les comédies en général, alors en passant à l’action il était bien logique d’être au millimètre sur les rebonds, les pingpong, les tempos etc. 

Caroline : Le seul rituel qu’on a mis en place à proprement parlé c’est de terminer la journée en buvant un spritz .

Pourquoi avoir favorisé l’autoédition ? Une version papier est-elle prévue ?

Benjamin : Le papier est évidemment prévu et nous avons déjà eu des propositions pour cela. Mais comme nous avons une idée bien précise de ce que nous voulons en terme de mise en place et d’envergure du projet il était capital pour nous de nous confronter au public, puisque c’est la seule chose à laquelle on croit fondamentalement. Le public étant constitué de lecteurs anonymes et de chroniqueuses.

Caroline :  Passer par le prisme prospectif d’un éditeur, quel qu’il soit, nous paraissait trop dur a supporter et puis le digital nous permettait d’arriver à obtenir les réponses que l’on voulait, donc, pourquoi s’en priver.

Benjamin : Il est tellement plus simple d’arriver devant l’éditeur avec lequel on veut travailler, avec des réponses dans toutes les manches, plutôt qu’avec des questions dans toutes les poches.

Si c’était à refaire… Que changeriez-vous ?

Caroline : La mise en place digitale permet une astuce bien pratique : on peut changer le texte quand on le veut avec une mise en ligne dans la journée.

Benjamin : Et on ne s’en est pas privé. D’abord parce qu’on a bugué sur la mise en ligne de la première version, en publiant comme des crétins l’antépénultième version du livre, ce qu’il fait qu’il restait quelques fautes et coquilles.

Caroline : Ce que n’ont pas manqué de nous remonter à juste titre les chroniqueuses.

Benjamin : Et puis on ajustait des micros détails à chaque fois qu’une idée était un poil perfectible. Ce qui fait qu’on doit bien l’avouer, tout le monde n’a pas lu le même livre.

Caroline : La principale chose que l’on ajustait en permanence, c’était quelques gros mots que l’on retirait quand il ne nous paraissaient pas absolument nécessaires.

Benjamin : Démarche qui au final n’a que très peu d’importance puisqu’on a fait le choix de démarrer le premier dialogue du livre par un gros mot, histoire d’annoncer immédiatement la couleur. Celles qui décident que les gros mots n’ont pas leur place dans un livre peuvent comme ça s’arrêter très tôt, on leur fait économiser du temps et du « grognonage ».

Arnaud fait un joli road trip français, l’avez-vous fait également pour vous imprégner des lieux ?

Caroline : La plupart des lieux ont été testés par Benjamin ou moi même lors de différents voyages récents. Je crois qu’il n’y a que le Relais Bernard Loiseau que nous n’avons pas vraiment essayé. On a pas tout à fait les moyens de Vincent Cohen non plus.

Benjamin : Il était capital pour nous de parler de ce que l’on connaissait. Tant en terme de péripéties, que de lieux que d’histoires d’amour que de tout. Malgré cela, très souvent on a du amoindrir la réalité pour que cela ne paraisse pas trop gros. Le road trip a existé oui, mais pas d’une traite, pas forcément dans cette géographie exactement, mais tout est vrai et vécu. Ce qui fait que le plus drôle à lire, quand on tombe une fois sur 10 sur une fille qui n’a pas aimé, c’est de la voir essayer de saborder toute la vraisemblance de faits qui sont véritables. Pas plus tard que ce matin, je recevait un message d’une chroniqueuse qui voulait m’apprendre comment les hommes CSP+ se parlaient entre eux. Comme si moi j’allais lui dire comment elle parle à ses copines. Parfois la bêtise et la prétention n’a pas de limite mais cela reste très amusant pour nous, même si cela doit être moins drôle pour elle de vivre dans une telle ignorance. 

Caroline : Il est évident que notre roman est un roman à rire et a grandir. Entrer comme cela dans la tête d’un homme, dans un roman pour femme c’est quelque chose de spécial car le modèle de base c’est d’entrer dans la tête d’une femme pour favoriser l’identification de la lectrice à l’héroïne.

Benjamin : On a décidé justement d’offrir aux femmes la possibilité de comprendre comment pouvait marcher « un » homme, dont on sait bien que toutes les femmes se diront à tort : « Ah bah le mien en tout cas il pense pas comme ça .. Hein chouchou que tu penses pas comme ça, et que tu dis pas ces choses avec tes copains » et le garçon  de répondre « Evidemment que non que je ne suis pas comme ça, allons tu me connais quand même » En bon lâche 🙂

Caroline : Et en plus d’offrir un mode de pensée masculin, et pas des pires, on offre les coulisses d’un lieu où les femmes n’ont pas le droit d’entrer d’ordinaire : les virées entre mecs.

Benjamin : Ce qui me vaut d’ailleurs de me faire traiter de traître. Parce que des filles un peu maligne, ont la lumière qui va s’allumer deux ou trois fois pendant le roman et demander quelques comptes ; bon bien sûr ça c’est pour les plus courageuses et lucides, à leur homme.

Toute son histoire n’est pas tirée par les cheveux, ce personnage sonne très « vrai » : vous pensiez à quelqu’un quand vous l’avez composé ? A vous ?

Benjamin : Evidemment à moi, enfin à des moi de différents moments de ma vie, avec des histoires qui ont existé et avec une mise à nue totale de ce que l’on peut être de plus petit ou perdu dans certains moments. Les lectrices disent souvent qu’avec Arnaud on joue avec leurs nerfs et qu’on le déteste par moments et qu’à d’autres on l’aime bien, voir on l’aime tout court. C’est vrai, mais ce n’est pas un jeu artificiel, comme on le disait plus tôt, on offre ici la vérité, et non pas seulement la vérité des faits mais la vérité des pensées. Arnaud le dit assez justement d’ailleurs, quand il parle de sa relation à Emma, il dit bien que ce qui change tout avec Emma, c’est que le passé comme le futur n’existait pas et donc qu’il n’y avait plus le besoin de se rappeler sans cesse ce que l’on avait pu être de médiocre dans sa vie. Arnaud est, avec Emma, d’une clarté absolue, et quand il rebrousse chemin, son cerveau aussi rebrousse chemin parfois, et il se met à reprendre des processus de pensées qui sont ceux qu’il avait à l’époque de ses relations du passé.

Caroline : On est parti du principe très simple et très vrai,  que c’est l’état d’être qui constitue votre réalité d’un moment, et que par ailleurs, reconnecter son présent à un sillon du passé, réactive ce que vous avez été dans le passé. Sauf si bien sûr vous avez réellement fait le travail de purge.

Benjamin : Tous les gens qui se pensent intelligents, disent : « Ah bah moi j’aurais jamais fais ça, retourner dans mon passé, déjà  ça sert trop à rien, parce que ce qui est derrière est derrière et c’est réglé »!

C’est d’une bêtise sans nom. Si tout était réglé tu ne serais peut être pas 2 fois divorcée avec 2 gamins de pères différents et toujours là à chercher l’amour en prétendant que tu as évacué ton passé alors que tu retombes systématiquement dans les mêmes boucles, les même schémas avec les mêmes issues.

Ici on propose une expérience extrêmement douloureuse et courageuse qui consiste à se dire: Que suis je par rapport à mon passé ? Au delà de toute ma prétention et de mes certitudes qui encapsulent mon petit monde de déni.

Le feu par le feu en quelque sorte, et je mets bien au défi qui que ce soit d’honnête de me dire qu’il a atteint un état d’être tellement supérieur que rien de son passé n’a plus d’emprise sur lui. Moi en tout cas des sages, j’en connais très très peu, et pourtant des gens intelligents et ouverts, je ne connais que ça. 

Caroline : On a toutefois laissé une porte de sorties à certaines lectrices, avec une deuxième chance de s’amouracher d’un des personnages principaux : Vincent. Comme nous ne sommes pas dans sa tête à celui là, il est plus facile pour une fille de retrouver un oeil plus familier à propos de celui là.

Benjamin : Mais rassurez vous, si vous étiez dans sa tête, je pense que vous prendriez peur aussi. Et pour celle qui n’aime pas les don juan, parce qu’elles en ont déjà payé le prix dans leur propre passé, il reste Romain le romantique absolu.

Caroline : Qu’est-ce que l’on est conciliant quand même.

Benjamin : Qu’est-ce que c’est pratique d’avoir la version de tout ceux  là en chair et en os dans ses amis surtout 🙂

Et pour finir : pourquoi le chiffre « 96 » ?

Caroline : Doit-on vraiment le révéler ?

Benjamin : C’est un chiffre qui ponctue toute la vie de nos personnages, dans le tome 1 comme dans le tome 2.