96 Partie 2, Accord Brisé

 

Samedi 18 juillet 2015

– Eh ben mec… Si on m’avait dit que je serai témoin, à, TON, mariage, après cette année de oufff…

– Je vous l’avais dit les gars que j’allais me marier…Alors que vous les mauvaises langues : et gnagnani et gnagnagna …, c’était écrit, point barre !

– Écrit au crayon à papier dans le sable, oui !

– Pauvre type ! N’empêche que MA femme, enfin future femme…

– … Ouais : précise bien des fois qu’elle change d’avis dans la journée !

– Eh bien, figurez-vous qu’avant moi, elle n’avait jamais eu de mec qui lui ait donné ne serait-ce que, l’idée, de se marier. Ça s’appelle pas du talent ça ?

De la magie noire, plutôt ! Que t’en aies trouvé une qui veuille bien se marier avec toi, c’est déjà surnaturel, mais qu’on mange des nems et du riz cantonais à la cérémonie, là, même sur Betclic ils n’avaient pas prévu la cote ! intervint Eni étonnamment cinglant.

– Désolé mon pote, j’ai pas pu faire mieux, c’est pas la tradition ici pour les mariages, les cheese naan et le massala.

Romain rayonnait de fierté : ce jour était le sien. Personne n’aurait pu décrocher de son visage le sourire d’empereur qu’il avait décidé d’afficher depuis les toutes premières lueurs du soleil levant. Pour une femme, il était facile de comprendre que le jour de son mariage puisse être fantasmé comme le plus beau de sa vie, mais pour un homme, c’était quand même plus rare, et pourtant…

– Mais t’es sûr que c’était bien nécessaire le « col Mao » ? Ça fait pas un peu ton sur ton ?

– Thon toi-même ! Arnaud mon cher ami, quand tu te marieras, un jour, si tu y arrives, tu mettras le bon costume qui va bien, mais pour le moment tu admires, et de préférence, en silence.

Il fit un petit tour sur lui-même dans un déhanché très équivoque.

– Est-ce que c’est intégré ? Dans ta petite tête ?

Je lui offris une révérence, bouche close.

– Voilà ! Je préfère. Baise-moi donc la main, tiens.

Tellement fier et heureux de pouvoir participer à son bonheur, je ne pouvais rien lui refuser. Obéissant, je m’agenouillai donc sur le tapis folklorique de sa chambre pour approcher ma bouche de sa main. J’en sortis une langue énorme pour lui lécher le bout des phalanges.

– Mais t’es vraiment qu’un gros dégueulasse ! s’offusqua-t-il!

– Allez, avoue que ça t’excite ! raclai-je d’une voix bien lubrique.

– Surtout après un an d’abstinence sexuelle, ajouta Eni.

Romain se figea dans un sourire niais. Il hésita un instant, avant de lancer :

– Parce que vous croyez vraiment que j’ai attendu Ju pendant un an sans toucher un téton ?

Toujours agenouillé devant sa gloire éphémère, je n’en croyais pas mes oreilles… quand je pense qu’un an plus tôt c’était lui qui était à genoux…

A suivre …